A Saint-Denis, une association d’anciens élèves veut briser le fatalisme des lycéens

C’est « une bande de potes » du lycée Suger de Saint-Denis. Ils s’appellent David, Myriam, Thomas, Yannis, Neerashaa et Ali. Devenus étudiants modèles, ils ont intégré des grandes écoles, tissé un réseau solide et souhaitent désormais le partager avec des jeunes lycéens en proie aux difficultés scolaires. Un filet de secours qui prend la forme d’une association d’anciens élèves. Créée au mois d’août, leur jeune structure veut pallier le manque d’orientation en aidant les lycéens à trouver leur voie dans l’enseignement supérieur.

« C’est seulement en arrivant dans le monde post-bac, que j’ai découvert ce qu’était une grande école, explique David Cheean, 23 ans, président de l’association et étudiant en master à l’école de management de Grenoble. Personne ne m’en avait parlé avant dans mon lycée et c’était pareil pour mes camarades bacheliers. Nous nous sommes dit alors qu’il y avait quelque part une faille dans l’orientation et qu’il fallait y remédier à notre manière. »

La faute incombait-elle aux professeurs ? « Pas du tout, répond Thomas Vuibert, 21 ans, en troisième année de licence en sciences du vivant. Ils étaient débordés et faisaient déjà de leur mieux pour nous faire passer le bac. » David embraie : « Le problème c’est que dans de nombreux lycées de banlieue, le bac est un horizon indépassable. Les élèves s’estiment incapables de faire des études supérieures. A ce fatalisme, nous voulons opposer une prise de conscience. Montrer que l’horizon est ouvert, que chacun a un potentiel et qu’il suffit parfois d’un déclic pour réussir. »

« En banlieue, la première difficulté c’est l’autocensure »

Si les six compères endossent un rôle de modèle, traçant des parcours d’étude divergents mais semblables en qualité, ils n’aiment pas pour autant s’attarder sur leur réussite. « Nous ne sommes pas là pour faire la leçon aux jeunes, soutient Yannis Mindjou, qui avec ses 25 ans et son master d’éco-gestion, se présente lui-même comme le doyen de la bande. Nous voulons juste rendre la pareille. Offrir notre expertise d’ancien élève passé par les mêmes classes, les mêmes profs et les mêmes difficultés que ceux d’aujourd’hui. »

A Saint-Denis, la première difficulté à combattre « c’est l’autocensure », s’exclame David. « En venant de Suger quand je suis arrivé dans une grande école, je pensais que j’avais moins de capacités que les autres, ce qui s’est révélé faux. » A ses côtés, Myriam Cahouch, 23 ans, en master 2 à l’ENS de Cachan, renchérit :

« Notre environnement social a développé des complexes chez nous. Il y a sans doute plein de gens qui auraient pu s’accomplir dans de grandes études mais n’ont pas osé. Chaque année des talents sont ainsi précocement gâchés. »

Programme de parrainage

Pourtant, loin de se laisser intimider, ces « Sugériens », comme ils aiment à s’appeler, ont trouvé la parade à l’échec. « Notre réussite personnelle tient moins de notre environnement que de la pugnacité acquise à Suger, à force de combattre cette autocensure, défend David. C’est ce qui est le plus difficile à développer. Cette combativité nous permet de réussir partout. Mais encore faut-il savoir comment battre ce sentiment d’infériorité. »

Concrètement, l’association souhaite en premier lieu développer un programme de parrainage et de soutien scolaire afin d’aider une dizaine d’élèves du lycée à intégrer des formations sélectives. « A notre échelle, nous ne pouvons pas apporter un soutien sur la totalité de l’établissement, explique Thomas. Nous comptons donc sur les professeurs, la direction et surtout les anciens de Suger pour lever des fonds ou venir nous donner un coup de main en encadrant et conseillant les jeunes qui feront appel à nous. »

La direction de Suger, intéressée par cette nouvelle association, accueillera ses membres courant octobre. Ils présenteront notamment leur projet de collecte de livres et manuels scolaires, comme celui de bourse, dont les financements pourront être assurés par des fondations, les anciens du lycée et peut-être même l’établissement. « Nous avons bon espoir, s’enthousiasme David, car nous avons gardé de bons contacts avec les profs du lycée. »

Une « bonne blessure »

Les associations d’anciens élèves dans les lycées de Saint-Denis sont plutôt rares. Si Paul-Eluard, l’un des meilleurs lycées de la ville en possède une, la démarche des Sugériens est suffisamment novatrice pour attirer l’attention. Elle témoigne d’un véritable attachement à la vie lycéenne et « aux souvenirs mémorables » que les membres de l’association ont partagés. Si Myriam se rappelle surtout de son prof d’histoire-géo en terminale, « un homme formidable » qui lui « a permis de développer une pensée critique », Yannis, lui, a été touché avant tout par la proximité et le soutien entre enseignants et élèves qui perdure parfois bien après le baccalauréat.

Quant à David, il se rappelle d’« une bonne blessure ». Un professeur de mathématiques, quel que peu sévère, qui lui avait annoncé qu’il n’entrerait jamais dans une grande école. « Aujourd’hui, je reviens pour montrer que, oui, c’est possible d’y arriver malgré la difficulté et l’autocensure dont sont aussi victimes les lycéens comme les professeurs qui nous conseillent uniquement des formations peu sélectives, soutient-il. Avec notre association, nous voulons convaincre enseignants et élèves que venir de Saint-Denis, comme d’ailleurs, n’est pas une fatalité et qu’avec de la détermination et du soutien, on peut réussir partout. »

En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/vie-etudiante/article/2015/09/30/a-saint-denis-une-association-d-anciens-eleves-veut-briser-le-fatalisme-des-lyceens_4778730_4468406.html#8mjOrVuUtBI0PeEq.99

Discrimination et théorie de la victimisation : laquelle cause le plus de tort ?

Le taux de chômage très élevé des jeune issus de quartiers dits « défavorisés », symptomatique de leur manque criant de qualification, trouve ses racines dans l’échec scolaire. Ce diagnostic a d’ailleurs motivé la mise en place des zones d’éducation prioritaire (ZEP) en France au début des années 80, dotées de moyens supplémentaires. Toutefois ce problème de l’échec scolaire qui est rencontré également dans d’autre pays développés comme les Etats unis et la Grande Bretagne, doit être diagnostiqué avec finesse, au-delà des préjugés, et des idées reçues. Avant d’aborder la question des ZEP, intéressons-nous d’abords à l’étude comparative sur l’échec scolaire dans les ghettos américains et les quartiers à faibles revenus britannique du professeur Thomas Sowell, de l’université de Stanford. Pour lui, les affirmations persistantes sur les élèves noirs qui seraient moins performants que les élèves blancs sur divers tests scolaires sont devenues si ordinaires que, sur la globalité du spectre idéologique américain, certains ont depuis longtemps développé toutes sortes d’explications pour en essayer d’en donner les raisons. Selon le professeur Sowell, tous devront désormais reconsidérer leurs théories, à la lumière des nouvelles radicalement différentes venues du côté le Grande Bretagne.

En effet, dans son édition du 15 Novembre 2015, le célèbre magazine britannique The Economist montre que parmi les enfants admissibles aux repas gratuits dans les écoles britanniques, près de 60% de ceux qui réussissent aux tests scolaires sont des fils d’immigrés noirs originaires d’Afrique ; ce qui est également le cas des enfants d’immigrés venus du Bangladesh et du Pakistan. Les enfants d’immigrés noirs des Caraïbes, quant à eux, ont des performances inférieures à 50%.

Dans l’ensemble, parmi ces enfants tous issus de familles à revenus très faibles – éligibles aux repas subventionnés et gratuits de l’école -, les enfants d’anglais blancs sont ceux qui réussissent le moins aux tests, avec un taux de seulement 30%.

The Economist souligne que, dans un arrondissement de Londres, les étudiants blancs avaient des résultats inférieurs à ceux de tous les autres étudiants noirs des autres arrondissements.

Ces résultats pourraient paraître saugrenus s’ils n’étaient pas confirmés par les observations du médecin britannique Theodore Dalrymple décrites dans son livre intitulé “Life at the Bottom”. Il affirme dans cet ouvrage que parmi les patients qu’il a traités dans un hôpital dans les environs d’un quartier défavorisé, il ne souvenait pas avoir vu un seul blanc de 16 ans qui pouvait multiplier sept par neuf. Pire, certains ne pouvaient même pas faire trois fois sept.

Il est intéressant de noter que, non seulement ce phénomène est à l’opposé de ce que qui est observé aux Etats-Unis, mais surtout il ne repose ni sur la génétique ni sur la différence d’environnement éducatif entre noirs et blancs.

Ces étudiants blancs en Grande Bretagne proviennent pourtant de la même race qui a produit Shakespeare et le grand scientifique Isaac Newton, et bien d’autres intellectuels de classe mondiale au cours des siècles. Aujourd’hui, cependant, beaucoup de jeunes Blancs, en Grande Bretagne, savent à peine lire et écrire, et ont des difficultés avec l’arithmétique. Ces élèves blancs sont loin d’être des victimes de discrimination raciale, encore moins des descendants d’esclaves.

Vu que les deux principales explications sur la faiblesse des performances scolaires des noirs américains ne sont évidemment pas applicables en Grande Bretagne, il doit y avoir une autre explication. Une fois cette explication établie, il faudra se demander si cette autre raison – quelle qu’elle soit – pourrait aussi s’appliquer aux États-Unis, d’une manière ou d’une autre.

Qu’est-ce que les Blancs à faibles revenus en Grande Bretagne et les Noirs des ghettos aux États-Unis ont en commun? Il ne peut pas s’agir tout simplement de la faiblesse de leurs revenus, parce que les enfants d’autres groupes dans les mêmes catégories à faibles revenus surpassent les Blancs en Grande Bretagne et les Noirs en Amérique.

Ce que les Blancs à faibles revenus en Grande Bretagne et les Noirs des ghettos aux États-Unis ont en commun, c’est un endoctrinement sur plusieurs générations dans la victimisation. La gauche politique dans les deux pays a, depuis plus d’un demi-siècle, maintenu un tintamarre fort et persistant sur le fait que les dés sont pipés contre ceux d’en-bas.

La gauche américaine utilise le terme race, et la gauche britannique le terme classe, et la gauche britannique le fait depuis encore plus longtemps. Dans les deux cas, les immigrants n’ont pas été dans le pays depuis assez longtemps pour être distraits par les ressentiments aveugles crées par cette idéologie.

Dans les deux pays, les immigrants entrent dans une société soi-disant fermée qui leur met les bâtons dans les roues, et pourtant, ils arrivent à s’en sortir, alors que certaines personnes qui y sont nées restent derrière.

Ceux qui font la promotion de l’idéologie de la victimisation semblent croire qu’ils aident ceux qui sont en bas de l’échelle sociale, alors qu’en réalité, ils ne font que leur nuire, encore plus que la société qu’ils dénoncent.

D’ailleurs, le professeur Sowell affirme qu’aux USA, dans les années 1940, avant la grande expansion de l’État providence et de l’idéologie de la victimisation utilisée pour le justifier, il n’y avait aucun écart significatif concernant les résultats des tests scolaires entre les écoles noires de Harlem et les écoles blanches, de la classe ouvrière de la partie est de New York.

Dans le contexte français, les conclusions de cette étude comparative pourraient sans doute rectifier certaines erreurs cognitives sur les causes de l’échec scolaire dans les quartiers dits « sensibles ». Par exemple le rapport de l’INSEE : «Zone d’éducation prioritaire : quels moyens pour quels résultats ? », montrent que la mise en place des zones d’éducation prioritaire (ZEP) n’a globalement pas amélioré le taux de réussite scolaire dans ces zones. Cette politique qui considère le territoire comme zone d’action au lieu de s’intéresser aux difficultés individuelles des élèves indépendamment du contexte, ne cible pas ceux qui sont dans le plus grand besoin. En fin de compte, la politique des ZEP qui ne renvoie à ces élèves que le reflet de leur catégorie sociale, ne fait qu’exacerber leur ressentiment de victime du système. L’INSEE met d’ailleurs en perspective l’exemple des Pays Bas, où la dotation d’un enfant dont les parents ont un faible niveau scolaire est doublé par rapport à la dotation normale, et ceci indépendamment de son territoire de résidence.

Dans un pays où on aime bien catégoriser les gens (français de souche vs français d’origine…, français d’en haut vs français d’en bas), il est important de comprendre que l’échec scolaire dans les quartiers « défavorisés » ne saurait être réduit à la seule notion de territoire, ou d’origine ethnique. Et pour les populations concernées il serait plus productif de focaliser leur énergie dans l’effort et la persévérance plutôt qu’aux lamentations.

Be so good they can’t ignore you.

Sources

http://www.washingtontimes.com/news/2013/dec/2/sowell-self-fufilling-beliefs-of-the-left/?page=all

http://www.insee.fr/fr/ffc/docs_ffc/es380a.pdf

Insee- Parcours scolaires des descendants d’immigrés et sentiments d’injustice et de discrimination

Les inégalités d’éducation et le sentiment d’injustice et de discrimination à l’école (dans les domaines de l’orientation, de la notation, de la discipline ou des sanctions et dans les interactions verbales) sont mis en relation avec l’origine migratoire. L’étude des parcours scolaires révèle que plusieurs groupes de descendants d’immigrés (Algérie, Turquie, Maroc ou Tunisie, Afrique sahélienne ou Afrique centrale et guinéenne) sont surreprésentés parmi les non-diplômés du second cycle de l’enseignement secondaire et sous-représentés parmi les titulaires du baccalauréat. Ces inégalités s’effacent – pour la plupart des groupes – lorsque la position sociale et le niveau scolaire des parents sont pris en compte. En termes de perception des quatre dimensions étudiées, l’orientation scolaire est l’aspect le plus souvent perçu comme injuste par les descendants d’immigrés (15 %). Sans être une expérience généralisée, l’orientation est en effet ressentie comme une injustice par un descendant d’immigrés algériens sur cinq. Cette proportion est de un sur quatre parmi les descendants d’immigrés de Turquie, du Maroc ou de Tunisie et d’Afrique centrale. Cette dimension est en revanche peu citée par les descendants d’immigrés européens ou d’Asie du Sud-Est. Les injustices scolaires sont fréquemment attribuées à des motifs discriminatoires à caractère ethno-racial : parmi ceux qui déclarent des injustices, 58 % des descendants l’associent à leur origine ou à leur nationalité, 13 % à leur couleur de peau ; les deux tiers des descendants d’immigrés nord-africains citent l’origine ou la nationalité (65 % parmi ceux de Turquie) ; la couleur est signalée par 56 % des descendants d’immigrés des pays d’Afrique subsaharienne. La confiance dans le système scolaire reste cependant élevée dans l’ensemble de la population (87 %) comme chez les descendants d’immigrés (86 %), même si elle s’affaiblit dans les groupes où la discrimination est la plus fortement ressentie. lire le document de l’Insee…

D’COL: l’accompagnement des élèves en difficulté

D’COL est un service d’accompagnement interactif personnalisé pour les élèves de sixième et de CM2 de l’éducation prioritaire, sur proposition de leur établissement et avec l’accord des parents. D’COL est un des onze nouveaux services pour faire entrer l’École dans l’ère du numérique. Dès la rentrée 2013, D’COL a été mis en place dans plus de 1 000 collèges de l’éducation prioritaire. 23 000 élèves de 6e ont ainsi pu bénéficier du dispositif au cours de l’année scolaire 2013-2014.

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Les enfants des milieux défavorisés réussissent moins bien que les autres à l’école

Les enfants des milieux défavorisés réussissent moins bien que les autres à l’école : c’est à la fois un lieu commun et une triste réalité. Les raisons en sont multiples, et abondamment discutées depuis longtemps; mais dans les années 60, un psychologue américain a proposé une nouvelle hypothèse déconcertante.

Si certains enfants défavorisés finissent en échec scolaire, c’est peut-être à cause des préjugés – mêmes inconscients – de leurs enseignants. En considérant par avance que ces enfants seront en difficulté, ils contribueraient à provoquer ces difficultés. Une sorte de prophétie auto-réalisatrice, mais qu’il est possible de retourner au profit de l’enfant.

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